Et je suis premier degré.

Je ne parle pas là d'une révolution du côté des IA qui vont soudainement leur "donner vie" mais plutôt de la façon dont notre regard va évoluer les concernant.

La frontière entre petite machine, automate naturel auto-répliquant et vraie forme de vie a toujours été une question philosophique source de débats et difficile a trancher. Comme pas mal de notions en biologie a vrai dire, car les classifications ne sont jamais nettes et propres et il y a toujours quelques exemples atypiques pour venir déranger en dépassant des catégories.

Avec la recherche spatiale et tout particulièrement avec la découverte de nouvelles molécules organiques qui nous amènent a mieux comprendre l'origine chimique de la vie, et donc sa vraisemblable émergence a partir de rien, les lignes sont plus floues que jamais et il devient toujours plus difficile de poser une limite claire, un début, une marche qui a été la première.

On est un peu dans le paradoxe du bateau, a qui on remplace chaque pièce une a une jusqu'à le remplacer entièrement : est-ce encore le même bateau ?

Si on remonte l'histoire de la vie en défaisant, pour un organisme particulier chaque évolution jusqu'à revenir a quelques molécules distinctes, ces molécules etaient-elles donc vivantes depuis le debut ?

Ce qui m'y fait penser c'est la classification des virus. Longtemps considérés non comme forme de vie mais comme des petits automates biologiques, les frontières continuent de de brouiller de plus en plus. Et tout particulièrement a cause d'un phénomène qui me fascine : la dé-évolution.

On a généralement considéré que l'évolution amenait a toujours faire mieux, dans le sens : plus adapté, plus complexe, plus efficace. Mais on a de plus en plus d'exemple de fuite en arrière : parfois faire plus efficace, c'est faire moins. Des organismes complexes qui se simplifient. Des animaux avec une certaines intelligence qui s'en débarrassent (beaucoup de mollusques sont concernés par exemple). Des organismes qui deviennent plus petits, plus simples. C'est quelque chose qu'on observe aussi énormément chez pas mal de formes de vie parasites qui finissent pas ne plus être grand chose sinon un peu d'information génétique sur un support. Le cas de la mitochondrie également, a quel moment a-t-elle arrêté d'être vivante ? L'est-elle encore ?
Il existe une chance qu'on découvre très prochainement un pont direct entre virus et bactéries. Avec idéalement une bactérie qui ait fini d'évoluer pour finalement devenir un virus. Pourquoi dans ce sens ? Car cela veut dire qu'on peut passer la barrière dans les deux sens, et donc que ce n'est pas une si bonne limite que ça si on peut faire des aller-retour a travers. Des arguments existent au niveau des virus géants, qui sont un peu trop bien équipés génétiquement, avec beaucoup trop d'outils qui ne servent a rien a une entité dénuée de machinerie cellulaire. Est-ce des ajouts fortuits, ou des relicats...?
La vie pourrait donc arrêter d'être vie, puis redevenir vie dans un même arc évolutif.

Ce qui amène a reconsidérer ce qu'on appelle vie.
Or je pense que prochainement nous aurons des IA qui simulent si profondément le comportement du vivant dans leur fonctionnement, et qui auront des caractéristiques trop proches de la vie pour les maintenir a l'écart. Ils cochent déjà pas mal de cases : stockage de leur information sur un support, évolution, reproduction pour certains modèles, sélection naturelle (les modèles mal alignés ou buggés...), maintient d'un équilibre interne, réponse a des stimuli. Ils sont déjà plus intégrés dans les définitions du vivant que les virus, qui sont de plus en plus pénibles, eux même, a garder hors des définitions sans ajouter un critère parfaitement artificiel juste pour les sortir (et qui pose généralement soucis ailleurs, comme celui qui impose un métabolisme interne).

Ca va poser de sacrées questions éthiques de notre côté.
